Olivier le sacré

L'Olivier (Olea europea) arbre mythique en fleurs

La quantité d’adjectifs qui me viennent à l’esprit lorsque je pense à l’Olivier (Olea europea) est vaste et riche ; cet arbre suscite en moi d’étranges visions, il porte dans sa ramure mes plus profonds souvenirs, et j’éprouve un attachement presque filial à son tronc noueux et à l’argenté de son feuillage étincelant dans la lumière, des plus tempétueuses aux plus solaires…

« Vibrant sous la brise, ses ramilles me semblaient agitées par d’antiques et secrètes mélodies » écrit Robert Quinche, (le droguiste suisse qui a laissé pas mal d’ouvrages de botanique derrière lui,) en parlant de l’olivier qu’il vénérait.

C’est cela, un indéfinissable sentiment de reconnaissance intemporelle que sa silhouette diffuse autour d’elle. On dit de lui qu’il est éternel : certains, les plus vénérables, là depuis au moins 1000 ans, d’autres jeunes et vieillissant, chacun produisant à partir de leur propre souche les souquets (rejets) qui se développeront à leur tour et ainsi perpétuellement.

Ses tout petits bouquets de fleurs blanches et jaunes de Naples clair qui apparaissent sur ses branches au mois de mai, sont auto-fertiles (leur pollen féconde leurs propres ovaires), assurant la fructification. Leur parfum léger est pourtant envoûtant ; sa famille, les Oleaceæ, est aussi celle des Jasmins, du Troène, du Frêne à fleurs et des Filarias, tous au parfum entêtant et délicat à la fois. Passer sous un Olivier en fleurs, au levé du jour, un matin de juin est un instant privilégié qui ne s’oubliera jamais, d’autant qu’à son pied, si la terre n’est pas travaillée, pousse toujours un jardin de fleurs sauvages rares exceptionnel (des orchis notamment).

Ses feuilles persistantes, gris-vert, argentées au verso pour repousser l’ardeur des rayons solaires de l’été, sont d’écailles minuscules qui leurs donnent cette qualité esthétique comparable au velours et aux ailes de papillon, dans la lumière. Ramassées et séchées, elles sont une tisane bénéfique pour l’hypertension et ses troubles, le cœur qu’elles régulent, les équilibres des graisses et du sucre (bon et mauvais cholestérol, et glycémie). L’innocuité de sa feuille (absence de contre-indications et d’effets indésirables) et son efficacité prouvée en font une alliée sûre.

L’Olivier, à l’origine probable du sud-ouest de l’Asie et d’Arabie saoudite, est devenu l’arbre de la Méditerrannée par excellence et on le rencontre partout, enserré dans le goudron des villes, leurs parkings, les bords de route de zones urbaines, les parcs citadins, dans les plaines et les champs, en culture ou abandonné, redevenu à demi-sauvage, dans les collines et sur les plateaux, les forêts et les bois, jusqu’au bord de la mer. L’olivier est chez lui partout, tel un dieu.

Athéna, rivalisant avec Poséidon pour la conquête de l’Attique, aurait fait surgir d’une terre brûlée par le Soleil, l’arbre immortel. Grâce à ce présent qui permettait de nourrir et de soigner les humains, elle put devenir la protectrice d’Athènes et l’olivier devint un arbre sacré, que l’on protégeait et vénérait. Toute personne surprise à endommager un olivier était traduite en justice et sévèrement châtiée.

Ses feuilles, son tronc, ses fruits, tout est apte à être mangé, bu, brûlé, sculpté, pressé… De son huile aux mille vertus pour la santé, aux tisanes, aux fruits verts ou mûrs, l’olivier est un don pour chacun de nous (et aussi les chats qui raffolent de l’odeur ensorcelante de son bois.). De mon côté, et sans être chatte, je suis absolument fanatique de son odeur que je définis comme étant celle du poivre mêlé au Soleil.

Mais les Hommes et les chats ne sont pas les seuls bénéficiaires de cet arbre sacré. Les oiseaux profitent de sa générosité en hiver pour venir se nourrir des olives noires : étourneaux, grives, merles, fauvettes … (Attention, agriculteur aux oliveraies de culture intensive quand tu passes avec tes machines la nuit, car tu massacres alors beaucoup de ceux qui vivent là.), au printemps et en été il est le protecteur du nid de l’Hypolaïs des oliviers qui vient de loin pour y nicher ici et se reproduire à l’abri de sa ramure ; enfin la qualité de son sol (non travaillé) en fait un garde-manger pour les verdiers, les bergeronnettes, les rouges gorges et les mésanges, toute l’année. Sans compter tout ce que l’on ne voit pas…

Les vieux oliviers du bassin méditerranéen possèdent des troncs noueux merveilleux et certaines bandes organisées vont jusqu’à les voler, pour en faire un trafic commercial juteux, permettant à d’innocents acheteurs de planter de « vieux » arbres dans le jardin de leurs pavillons neufs, ou en faire sculpter des objets de cuisine et de décoration que l’on trouve dans les chaînes de magasins. C’est dire sa valeur !

Mais c’est aussi un arbre protégé par les Hommes, et il possède à lui seul sur l’île de Porquerolles un verger-conservatoire unique au monde, destiné à perpétuer ses variétés (290 provenant de tout le bassin méditerranéen y sont réunies), ainsi qu’à protéger la biodiversité de son écosystème, et par voie de conséquence pour les humains à préserver leur patrimoine oléicole et leurs gestes de savoir-faire millénaire.

Aujourd’hui avec le réchauffement climatique que nous avons créé et que nous entretenons à grands nuages de gaz à effet de serre, les oliviers cultivés surgissent au regard dans des endroits parfois fort éloignés de la Méditerrannée… Toujours en pot cela dit, mais tout comme la colombe blanche apporte la paix aux Hommes en tenant dans son bec un de ses rameaux, cet arbre en pot se fait l’émissaire indispensable de la douceur du Sud et le symbole de la santé qu’il procure. Une silhouette, des couleurs de feuillage, l’idée d’une vie saine, lumineuse, généreuse et heureuse.

Photos prises dans les Monts de Vaucluse et à Buis-les-Baronnies.


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