Sa majesté sauvage le Lys Martagon


J’affirme que c’est l’une des plus belles fleurs sauvages que j’ai jamais rencontré dans ma vie ! Beaucoup citent l’emblématique famille des orchidées comme étant la plus merveilleuse et certes, leurs ingénieuses formes semblables à l’ombre chinoise des insectes qu’elles attirent afin de se faire polliniser est fascinante, mais pour la beauté, la grâce, et l’esthétique, le Lys martagon (Lilium martagon) est indétrônable…

Sans doute le milieu joue-t-il pour beaucoup dans l’adoration que je leur porte, car on ne les trouve qu’aux abords des forêts denses, ou dans les hautes prairies de montagne dès la fin du mois d’avril, sur sol calcaire, bien drainé. Mais les lys martagon prennent leur temps pour éclore en haut de leur tige élevée, gracile, passant du bouton laineux à la fleur paradisiaque, en presque trois mois ! Avant leur pousse et la floraison, on les reconnait facilement à leurs feuilles verticillées, telles des rosaces légères sorties du sol, d’un joli vert sombre. Même en cet état ils sont remarquablement élégants !

Et enfin, quand juin est bien installé, le moment tant attendu arrive ! Sur fond de frondaison variée ou de landes, les premiers boutons s’ouvrent, et se forme alors la plus admirable des fleurs.

Le lys martagon possède un petit bulbe écailleux, comme tous les autres lys de sa famille. Ce bulbe profondément enfoui, à la maturité florale lente, est parfaitement adapté aux sols forestiers calcaires, un peu ombrés et un peu humides; c’est une garantie de survie en cas d’année peu propice à la pollinisation. En effet, le lys martagon possède une seconde stratégie de reproduction, non végétative celle-là, grâce au pollen disposé sur ses étamines longues et pendantes. Les fleurs du lys martagon étant hermaphrodites (elles possèdent à la fois étamines et pistil), seuls les papillons possédant une longue trompe accèdent au nectar et garantissent une pollinisation précise et efficace (essentiellement de grands papillons nocturnes de la famille des Sphinx par exemple). Il arrive également que des visiteurs plus opportunistes viennent s’enivrer attirés par le parfum sucré du lys martagon, ou affamés de nectar, tel ce Flambé (Iphiclides podalirius) recouvert de pollen rouge, ou ce Silène (Brintesia circe) Ils pourront eux aussi contribuer à la pollinisation en transférant du pollen « accidentellement ».

Le lys martagon, du fait de sa reproduction lente et donc fragilisée, est une fleur protégée sur tout le territoire national. Il est formellement interdit de le cueillir ou de s’en emparer de quelque façon que ce soit.

Laissons la beauté s’épanouir librement sous nos yeux au printemps et partageons pendant quelques jours le privilège de sa présence, cette extraordinaire élégance qui ravit l’être.

Les photos ont été prises en deux endroits séparés par quelques kilomètres et en deux écosystèmes très différents : le 10 juillet 2022 sur la montagne de Lure, où l’on voit une association de lys martagon et de verâtre blanc, et le 15 juin 2025 dans les monts de Vaucluse, entre St Lambert et Javon, dans les bois.


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